De Pierre et d’Os

de Bérengère Cournut

Livre 83 : De pierre et d’os de Bérangère Cornut, Editions Le Tripode, 2019 (219 pages) 🇫🇷 Lecture de février-mars 2020

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Résumé de 4e de couverture :

« Une nuit, une fracture de la banquise sépare une jeune femme inuit de sa famille. Uqsuralik se voit livrée à elle-même, plongée dans la pénombre et le froid polaire. Elle n’a d’autre solution pour survivre que d’avancer, trouver un refuge. Commence ainsi pour elle, dans des conditions extrêmes, le chemin d’une quête qui, au-delà des vastitudes de l’espace arctique, va lui révéler son monde intérieur. »

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Mon avis :

Au-delà même du titre poétique, c’est la promesse de se plonger dans le monde et la culture des Inuit qui m’a donné envie de lire ce livre. J’ai toujours été fascinée par les récits se déroulant dans les régions polaires et par les populations autochtones. C’est donc avec plaisir et frisson que je me suis lancée dans cette lecture absolument passionnante.

Depuis sa jeunesse jusqu’à la fin de sa vie, le lecteur suit le récit de vie d’une femme, Uqsuralik, qui a un parcours de vie difficile dans ces territoires hostiles du Grand Nord. Un voyage poétique qui ne m’a pas laissée indifférente et qui plaira aux amoureux des mots et des grands espaces.

Ma note : 19/20

Les + :

L’écriture poétique : Un des points forts de ce livre est la plume de l’autrice. Bérengère Cournut adopte un style délié mais très poétique qui emporte directement le lecteur dans son histoire. L’intégration de véritables chants inuit est une force, puisqu’elle rend possible une immersion totale des lecteurs dans la culture inuit et de mieux appréhender la vision du monde de ce peuple. Ces différents chants qui émaillent le récit sont des respirations à mon sens nécessaires et appréciables. Elles pourront déplaire à certains qui n’aiment pas les pauses dans les récits. Mais il faut plus les voir comme un tremplin supplémentaire, une clef de compréhension à la culture inuit et à l’histoire. Parfois, un chant remplace des mots qui n’auraient pas été aussi justes et beaux. Ces petites touches poétiques, souvent rattachées à la nature, rendent le récit onirique et empli d’émotions pures (tristesse, joie, émerveillement, violence de certaines situations).

La plongée dans la culture inuit : Ces chants ne sont qu’une fenêtre qui accélère l’immersion dans la culture inuit. Tout le récit d’Uqsuralik embaume une culture différente de la nôtre. L’emploi d’un vocabulaire inuit (ex : umiak : canoë), de croyances inuit (l’âme-nom, le tarniq (âme/ombre), les chamanes ou angakkuit, les interdits liés aux morts ou aux femmes enceintes, les divinités de la nature, etc…) participent à la découverte de ce peuple plutôt méconnu des occidentaux. Ce qui est intéressant, c’est de découvrir le rapport de ce peuple à la nature, très puissant, mais aussi le respect envers les ancêtres et les morts. Ce spiritualisme et cet animisme ont une dimension qui nous échappe totalement dans notre culture occidentale. J’ai vraiment aimé ouvrir ma vision du monde et essayer de le regarder comme Uqsuralik. La fin est sublime et achève le récit sur un symbole bien connu du peuple Inuit, qui permet de marquer les territoires de chasse : un Inukshuk (cf le symbole de mon collier sur la photo). Si vous souhaitez avec plus d’infos sur le peuple inuit, je vous recommande les travaux géographiques de Béatrice Collignon (thèse sur le sujet, notamment). PS : Vous pouvez acheter l’édition augmentée d’un carnet de photographies inuit à la fin. C’est l’aboutissement d’un long travail de recherche de l’autrice, en lien avec le Museum national d’histoire naturelle.

« C’est ainsi qu’on me voit maintenant, depuis la côte en hiver, depuis les lacs en été – la femme de pierre, inukshuk à jamais dressé sur l’horizon de la toundra tour à tour fleurie et glacée. Regardez-moi, si vous passez par là : je vous surveille. La femme de pierre au caractère d’ours, au nom d’hermine. La femme de pierre – Uqsuralik. »

Bérengère Cournut – De pierre et d’os, p. 220

Un récit d’initiation à la vie : Autre point central de cette lecture, c’est l’apprentissage de vie d’Uqsuralik qui devient une femme et apprend à survivre dans un milieu très hostile. La solitude, le caractère éphémère des territoires où elle s’installe la conduisent à une vie de nomade. Elle s’attache et rencontre plusieurs clans et restent plus ou moins longtemps avec eux. C’est donc à travers le regard de cette femme que le lecteur apprend la vie en société des Inuit, mais aussi les étapes de la vie adulte (l’union, l’enfantement, l’appréhension et l’acceptation de la mort). C’est peut-être ce point de vue si puissant et ce personnage si attachant qui permettent au lecteur de rentre aussi bien dans l’histoire. Finalement, c’est une leçon de vie qui fait réfléchir aussi sur votre propre façon d’aborder la vie et ses étapes. Même si la culture occidentale est très différente de celle des Inuit, le lecteur peut trouver un écho. Et finalement, cette femme si forte devient un modèle, un exemple de courage à suivre.

Les – :

Un rythme lent qui ne plaira pas à tout le monde : Un petit bémol peut-être pour les amateurs d’actions et de sensations fortes. Il vous faudra passer votre chemin, à moins que vous aimiez déambuler au rythme de la vie dans les pôles, c’est-à-dire un temps où les heures et les saisons s’égrènent lentement, au gré des caprices de la nature. Personnellement, ce rythme ne m’a pas du tout gêné. J’ai apprécié cette lenteur et cette contemplation de la nature et de la vie d’Uqsuralik. Une pause qui permet de soi-même se poser et souffler.

***

Bilan :

Une plongée poétique dans le monde des Inuit, à travers le parcours initiatique d’une femme incroyablement forte. A travers son expérience, on capte la beauté de la culture inuit et l’immense respect de ce peuple envers la nature sauvage qui habite leur vie, en se renouvelant sans cesse. Des chants de pierre, des chants d’os, des chants d’amour qui font voyager le lecteur très loin vers Nuna. Aï !

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