Beate et Serge Klarsfeld : un combat contre l’oubli

de Pascal Bresson et Sylvain Dorange

Livre 116 (BD biographique historique) : Beate et Serge Klarsfeld, un combat contre l’oubli de Pascal Bresson et Sylvain Dorange, aux éditions La boîte à bulles (208 pages) 🇫🇷 Lecture de septembre 2020

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Résumé de 4e de couverture :

« « Si les Allemands nous arrêtent, moi, je survivrai parce que je suis fort mais pas vous ».

Ces paroles, prononcées en 1943 par son père, assassiné à Auschwitz, Serge Klarsfeld ne les oubliera jamais. Son épouse Beate et lui, n’auront de cesse, toute leur vie, de combattre contre l’oubli dans lequel semblaient devoir sombrer bourreaux et victimes de la Shoah…

De la gifle infligée au chancelier Kiesinger en 1968 au procès Papon en 1997, des prétoires aux manifestations de rue, de l’Allemagne à la Bolivie, la vie de ce couple engagé et obstiné tient tout autant du roman d’aventure que du livre d’Histoire… »

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Mon avis :

C’est en arrivant à Lyon pour mes études d’histoire et de géographie en 2012 que j’ai commencé à m’intéresser à l’histoire de la ville de Lyon et que j’ai entendu parler de Beate et de Serge Klarsfeld. Une amie à moi était passionnée par la Seconde Guerre mondiale et nous avons visité tous les lieux symboliques de Lyon de cette période (le Veilleur de Pierre, le Musée de la Résistance et de la Déportation, la prison Montluc et le Mémorial Jean Moulin de Caluire). J’ai aussi eu l’occasion d’aller visiter le Mémorial des enfants d’Izieu dans l’Ain. De fait, le nom de Klaus Barbie, le « boucher de Lyon », hantait très souvent mes pas dans la découverte du passé du bassin lyonnais. Puis, avec mon amie passionnée, nous avons visionné le documentaire La Traque des Nazis et c’est là que j’ai découvert toute l’action menée par ce couple franco-allemand incroyable. Déjà, l’alliance entre une Allemande et un Français juif, après la guerre, je trouve ça magnifique. Le plus bel exemple de réconciliation franco-allemande est vraiment incarné par ce couple. Je leur voue depuis une admiration ineffable, fascinée par leur parcours, par leur courage et leur ténacité. Il en fallait pour affronter ce passé sanglant et confronter des criminels de guerre qui vivaient toujours en toute impunité aux quatre coins du monde. Le genre de personnes inspirantes qu’on a envie de rencontrer un jour et surtout un modèle à suivre pour se battre pour nos idéaux et ce qui nous semble juste.

C’est donc tout naturellement que je me suis tournée vers cette BD à sa sortie, voulant approfondir mes connaissances sur la vie de ce couple hors norme. Je conseille cette excellente lecture à tous ceux qui ne veulent pas oublier le passé, qui souhaitent en apprendre plus sur ce qui est arrivé aux criminels nazis ou aux hauts fonctionnaires français du régime de Vichy. Je le recommande à ceux qui veulent tout simplement découvrir les luttes contre l’aberration. Car beaucoup de criminels de guerre n’ont jamais été jugés (ils sont morts avant ou ont fui), se sont volatilisés, ont aidé des politiques (souvent des régimes autoritaires, mais aussi les blocs pendant la Guerre Froide), ou ont attendu des décennies avant d’être enfin punis pour leurs crimes. Pire, certains ont même accédé au pouvoir pendant longtemps, après-guerre, sans être inquiétés (Kiesinger, Papon). Un livre important pour la mémoire !

Ma note : 19/20

Les + :

L’organisation de la biographie de Beate et Serge Klarsfeld : Un des points forts de la BD biographique est son organisation. La BD n’a pas fait le choix de rester linéaire. Elle s’organise sous la forme d’aller et retour, de va et vient entre le passé et le présent. J’ai trouvé les choix entrepris très pertinents, notamment le fait de commencer par la gifle au chancelier Kiesinger en 1968, avant de retourner dans le passé pour éclaircir l’histoire et comprendre comment Beate Klarsfeld en est arrivée là. Les allers et retours dans le temps ne sont pas gênants et ne perdent pas le lecteur, surtout que le dessinateur a fait le choix de laisser en noir et blanc les planches consacrées au passé des personnages. Les scènes se déroulant dans le présent sont, elles, mises en couleurs pour une meilleure compréhension. Ainsi, on passe de l’un à l’autre sans même y penser. En ce sens, l’organisation est parfaite.

Le soin apporté aux événements et aux détails : Les dates émaillent la BD de manière rigoureuse et aucun événement n’est laissé au hasard. À chaque fois, quand une affaire ou un événement est évoqué, une explication vient compléter le tout et le lecteur n’est pas perdu. J’ai particulièrement aimé les détails apportés aux caractères de Beate et de Serge qu’on retrouve ici intacts. On retrouve leur pugnacité dans leurs combats et c’est très agréable à suivre. On en découvre plus notamment grâce à la mise en scène des souvenirs, aux détails des personnages rencontrés (notamment Klaus Barbie), des embûches qui les ont freinés (attentats, instabilités ou atermoiements politiques). Tout est parfaitement maîtrisé. Et on a affaire à une BD d’une très grande qualité. Je connaissais déjà bien les actions menées par le couple, mais j’ai été contente de découvrir certains aspects qui m’étaient totalement inconnus, notamment leur amitié avec Régis Debray.

L’accent mis sur les principales affaires traitées par le couple : Bien entendu, toutes les affaires concernant les nazis ou les hauts responsables du régime de Vichy ne sont pas évoquées, mais cela n’empêche pas la BD d’être très exhaustive. En effet, on retrouve les plus importantes qui ont fait connaître le couple et ont permis à l’Allemagne et à la France d’avancer dans la justice et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. C’est le cas du chancelier Kiesinger, de Maurice Papon, de quelques nazis importants, responsables de la « solution finale », tels que Lischka et surtout l’affaire Klaus Barbie. D’ailleurs, cette dernière affaire a été un des combats les plus difficiles à mener. Je ne pensais pas que cela avait été si dur de rouvrir l’enquête sur cet homme. La BD s’attarde entièrement sur lui dans sa deuxième moitié et est vraiment très précise, une nouvelle fois, dans ses détails. L’occasion d’apprendre encore beaucoup de choses sur le rôle des nazis en Amérique du Sud pendant la période de la Guerre Froide.

Les – :

– Certains dessins un peu moins travaillés ou réalistes dans la ressemblance aux personnages, mais c’est un parti pris.

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Bilan :

Une BD qui retrace avec justesse les principaux combats du couple franco-allemand Serge et Beate Klarsfeld pour retrouver et faire juger les criminels nazis et les hauts responsables français du régime de Vichy. Parmi ces luttes, l’affaire Klaus Barbie a demandé plus d’efforts que les autres et est retracée sur la moitié du livre. Une BD d’une très grande qualité, biographique et historique, que je recommande vivement ! Une mémoire essentielle pour les générations présentes et à venir !

Un commentaire

  1. Un couple remarquable, inépuisable, qui force l’admiration. Je ne l’ai pas encore dans ma bibliothèque mais je pense que ce sera le cas avant la fin de l’année. Je l’ai feuilleté et j’avoue que j’aime déjà beaucoup le style des illustrations. 🙂

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