Saga Sous le Vent de la Liberté

de Christian Léourier

Livre 201 (roman historique) : Saga Sous le Vent de la Liberté de Christian Léourier, aux éditions Argyll (672 pages) (2021) 🇫🇷

***

Résumé de 4e de couverture :

« Élevé par un père libertin et un prêtre humaniste, Jean de Kervadec est jeté dans le tourbillon du monde lorsqu’il perd la possession du manoir familial. Il embarque alors pour l’Amérique à la recherche de son frère aîné, héritier légitime, le seul à même de reconquérir leur domaine.

Cependant, le jeune homme est loin d’imaginer des multiples destinations où le pousseront vents et courants : de l’Amérique, où naît une république, aux côtes d’Afrique où sévit la traite ; de la course contre les pirates de l’océan Indien aux guerres du Deccan ; de la révolte des esclaves de Saint-Domingue aux spasmes de la Révolution qui secouent Paris.

Et si sa route croisera celle de nombreuses figures historiques, la destinée prendra quant à elle le visage d’une femme, Maria, son amour d’enfance, qui l’obsède au moins autant que son désir de vengeance envers ceux qui l’ont obligé à fuir sa terre natale. »

***

Mon avis :

C’est aujourd’hui que paraît l’intégrale de Christian Léourier Sous le Vent de la Liberté aux éditions Argyll. L’occasion pour moi de vous parler de cette saga historique incroyable et de vous pousser à l’acheter et la lire (ou la sortir de votre PAL pour ceux qui l’ont précommandée ou l’ont achetée en salon du livre ^^).

Il y a un peu plus d’un an, en compulsant la bibliographie de Christian Léourier, j’avais découvert qu’il avait écrit en 2005 une saga historique destinée à la jeunesse, parue en trois volumes aux éditions Bayard. Sous le Vent de la Liberté se déroule à la fin du XVIIIe siècle, en pleine période de révolution américaine (1781) jusqu’à la mort de Louis XVI (1793). Pour ceux qui me suivent sur le blog depuis un moment, vous savez à quel point j’adore le XVIIIe siècle et la Révolution française. C’est ma période historique préférée. Vous pouvez alors très bien imaginer ma surprise et ma joie quand j’avais déniché cette petite merveille. Et en même temps, je n’avais pas pu m’empêcher d’être triste, en sachant qu’elle était retombée dans l’oubli depuis 15 ans. C’est pour cela que je suis vraiment heureuse et reconnaissante aux éditions Argyll d’avoir demandé à Christian Léourier de réécrire sa saga pour la replacer dans la lumière qu’elle mérite.

À ma première lecture, j’avais déjà été émerveillée par la qualité du récit, par son audace, par sa stupéfiante justesse et le vent d’enchantement qui avait soufflé dans mon cœur tout le long de l’histoire.

Une deuxième lecture plus attentive a confirmé mon coup de cœur absolu pour cette saga historique. Elle constitue à ce jour la plus aboutie que j’ai pu lire sur la période, et je remercie Christian Léourier d’avoir écrit cette pépite littéraire. Elle aura toujours une place spéciale dans mon cœur de lectrice.

Pour terminer cette mise en bouche, je voulais préciser que j’ai récemment arrêté de mettre des notes dans mes chroniques. Je ferai une petite exception ici, afin d’effectuer une comparaison avec ma première chronique de la saga. J’avais un peu diminué ma note sur le premier tome. La réécriture de l’auteur a permis de gommer certains défauts, notamment sur la jeunesse du narrateur qui se ressentait au niveau de l’écriture. Les dernières traces qui pouvaient faire rentrer cette saga dans la littérature jeunesse ont été efficacement effacées.

C’est donc un 20/20 bien mérité !

Les + :

Un livre-objet magnifique : Avant de parler du fond, j’aimerais évoquer la forme. Il faut souligner le travail d’orfèvre des éditions Argyll qui ont agi sans modération pour proposer une couverture à la hauteur de la saga. Finement ciselé par Xavier Collette, le design de la couverture respire l’élégance et le frisson de la navigation vers des horizons inexplorés. Le lecteur peut presque sentir les embruns de l’océan et humer le vent de liberté du titre. Un livre-objet magnifique qui incite le lecteur à l’ouvrir et étancher sa soif d’aventure en mer. Un appel à la lecture puissant !

La plume de Christian Léourier : Si j’avais déjà remarqué la plume magnifique de l’auteur dans le premier tome de sa saga fantasy La Lyre et le Glaive, c’est Sous le Vent de la Liberté qui a définitivement inscrit Christian Léourier dans mon panthéon d’auteurs préférés. Je peux tomber sous le charme d’une plume pour sa poésie, sa musicalité, la beauté de ses descriptions et son vocabulaire recherché. Christian Léourier remplit parfaitement ces critères, et son écriture atteint un niveau de perfection dans cette saga. La manière dont il mène son récit est absolument captivante. La richesse du vocabulaire marin rend les périples en mer immersifs et passionnants. De plus, l’auteur déploie une palette de mots poussés, variés et adaptés qui permettent de retranscrire avec justesse les aventures de ses personnages dans un autre siècle que le nôtre.

Les personnages : Lors de la réécriture de sa saga, Christian Léourier est parvenu à améliorer le personnage principal qui est aussi le narrateur de l’histoire. Encore jeune au début de l’aventure, Jean de Kervadec exprime une certaine maturité dans ses propos. On ne sent plus la jeunesse du personnage qui transpirait au tout début du tome 1 de la première version du récit. Malgré tout, les aventures de Jean de Kervadec constituent une quête initiatique pour le personnage qui va évoluer et mûrir tout au long de la saga, notamment vis-à-vis de la perception de ses pairs. Ceux qu’ils pensaient être des hommes sans scrupules et cruels s’avèrent finalement très différents, et inversement. L’auteur parvient à proposer une galerie de personnages variés, complexes, difficiles parfois à cerner, mais très bien décrits. Chacun dévoile une part de lumière et une part d’ombre. Le récit ne tombe pas dans le piège du manichéisme de la révolution qui opposaient les « gentils » révolutionnaires » aux « méchants » nobles et prêtres réfractaires. Au contraire, Christian Léourier a la bonne idée d’utiliser un personnage issu de la noblesse aux idées révolutionnaires comme personnage principal. Personnage attaché à un prêtre réfractaire qu’on apprécie autant que lui. Un choix très intelligent quand on sait à quel point l’Histoire a noirci ces prêtres refusant de prêter serment à la Constitution civile du Clergé. J’ai rarement été aussi émue que de lire les massacres de Septembre 1792 sous la plume de l’auteur, en adoptant ce prisme nouveau.

L’audace de l’auteur les événements et lieux évoqués du XVIIIe siècle : La plus grande qualité de la saga Sous le Vent de la Liberté est sans aucun doute l’immersion parfaite dans le tourbillon des événements historiques de la fin du XVIIIe siècle. Je ne pensais pas un jour lire une saga historique aussi passionnante et aussi bien écrite sur la période. L’occasion pour moi d’encenser l’auteur pour le travail gigantesque de recherches qu’il a mené pour concevoir cette saga et pour l’améliorer. Quand on rencontre en vrai Christian Léourier, on se rend compte qu’il est un puits de science. C’est absolument exaltant de discuter avec lui. Il a toujours des anecdotes intéressantes à livrer. On ne peut qu’éprouver un grand respect pour lui.

Je salue l’audace incroyable de l’auteur d’avoir tout simplement osé aventurer ses personnages hors des sentiers battus. À chaque fois que je me disais « Non, il ne va pas oser… », Christian Léourier osait, et allait même au-delà de mes espérances. Il faut quand même avoir une sacrée dose d’audace pour entraîner le lecteur en Amérique, en pleine Révolution américaine, dépeindre de l’intérieur le commerce triangulaire, s’aventurer en Inde au XVIIIe siècle et ancrer une partie de son récit au cœur des événements de la Révolution française, dans les îles (révolte des esclaves de Saint-Domingue, 1791) et en métropole (prise des Tuileries à Paris, 1792). J’ai ressenti plusieurs fois des frissons d’allégresse en découvrant où l’auteur m’emmenait. La plus grande surprise constitue l’immersion en Inde, alors même que les sources documentaires sur la période sont très rares. Quel plaisir de vivre les événements de l’intérieur, de retrouver des personnages historiques réels comme Toussaint-Louverture, La Fayette et Robespierre, et de presque en croiser d’autres comme Louis XVI aux Tuileries derrière une cloison !

Une plongée accessible au cœur des événements historiques : Le XVIIIe siècle, et a fortiori la Révolution française, n’est pas la période historique la plus facile à comprendre et à retranscrire. Néanmoins, une fois encore, Christian Léourier parvient à user de son génie pour rendre le récit réaliste, passionnant et accessible à tous. Pas besoin d’être expert de la période pour pouvoir savourer pleinement la saga. L’auteur balaye de nombreux thèmes : les balbutiements des réflexions concernant la liberté de tous et l’abolition de l’esclavage, les enjeux du commerce triangulaire et du commerce maritime entre l’Europe et l’Asie, la fuite des émigrés pendant la Révolution française, la question épineuse des prêtres réfractaires et les conflits entre révolutionnaires qui ne partagent pas tous les mêmes idées. Pour bien faire comprendre ces enjeux, l’auteur plonge directement ses lecteurs dans le vif de l’action aux côtés des personnages. C’est ainsi qu’on se retrouve à vivre des événements historiques connus, mais rarement aussi compréhensibles et palpables que par cette immersion littéraire.

Les – :

Lors de ma première lecture, j’avais noté quelques points négatifs. Le premier portait sur la jeunesse du personnage principal qu’on ressentait dans l’écriture. Ce point a disparu avec la réécriture de la saga. J’avais aussi mentionné quelques longueurs dans le tome 1 pendant le voyage en Amérique. Même chose, l’auteur a réussi à lisser le tout, la relecture ne m’ayant pas donné la même impression. Enfin, j’avais souligné quelques coquilles historiques mineures, liées surtout à quelques renouvellements historiographiques qui étaient apparus depuis la sortie de la saga en 2005. De nouveau, l’auteur a fourni un beau travail pour gommer ces coquilles. Quoi qu’il en soit, il faut vraiment avoir un œil averti pour en déceler. Le travail de recherche sur la période de Christian Léourier est impressionnant. Je ne pense pas que beaucoup auraient pu écrire ce qu’il a écrit. Il a tout mon respect et mon admiration.

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Bilan :

Vous l’aurez sans doute compris, les éditions Argyll vous proposent à la lecture une excellente saga historique. En ce qui me concerne, sa relecture a été un véritable ravissement. Sous le Vent de la Liberté est à la fois très bien documentée et incroyablement bien écrite. La plume de Christian Léourier permet une véritable immersion dans la fin du XVIIIe siècle, entre France et Amérique, Afrique et Asie. Le lecteur en prend plein les sens, porté par le récit passionnant de la vie de Jean Kervadec, jeune noble sensible aux changements de son époque. Christian Léourier propose de suivre des personnages contrastés dans un récit tout en nuances qui s’imbrique parfaitement dans les bouleversements économiques, politiques, sociaux et culturels d’une époque où les sociétés se retrouvent animées d’un vent de liberté. Un récit fascinant et foisonnant de détails qui enthousiasmera les passionnés d’Histoire, mais aussi les amateurs d’aventures en mer ou sur terre. Portée par la plume superbe de Christian Léourier, cette saga est à découvrir de toute urgence ! Vous n’avez plus d’excuse pour ne pas vous précipiter en librairie dans les jours qui viennent…

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